Quelle équipe de France de Trail après Bédoin 2026?
La France sélectionne-t-elle les meilleurs pour les Europe en juin ? Entre faiblesse du plateau, balisage au Ventoux, et règles ad-hoc, le titre de "Champion Trail Long Hommes 2026" interroge.
Ce dimanche 29 mars 2026, le sommet du Mont Ventoux a dicté sa loi sous un mistral glacial et une neige fraîche, rappelant à tous que le trail est une discipline où l'imprévu est roi. Mais au-delà de la météo dantesque, c'est le scénario de ces Championnats de France de Trail 2026 qui laisse un goût amer et une question brûlante : l'équipe de France qui s'envolera pour les Europe en Slovénie en aura-t-elle l’étoffe ?
Le hasard nomme t-il les champions ?
La course masculine sur le format long a basculé dans l’irrationnel au 28ème kilomètre. Par une confusion de balisage, six des sept leaders, dont certains des favoris comme Arnaud Bonin ou Mathieu Delpeuch, se sont égarés, perdant plus de quinze minutes et tout espoir de titre. Si Florian Bernabeu-Séguy signe une belle victoire, il le reconnaît lui-même : il n’a compris sa position de leader qu’une fois intercepté par un cameraman.
Le sélectionneur national, Adrien Séguret, ne s’y est pas trompé. Au micro de nos confrères de Course Epique, il a exprimé son embarras face à cette situation où les “plus forts” physiquement ne sont pas ceux qui ont franchi la ligne en tête. Dès lors, pourquoi s’obstiner à conditionner la sélection pour les Championnats d’Europe aux seuls résultats d’une course soumise à de tels aléas ? Si l’on s’en tient aux règles initiales, la France risque d’envoyer en Slovénie des coureurs qui, malgré leur mérite, ne sont peut-être pas nos meilleurs représentants.
Au delà d’un podium “par défaut” qui ne peut objectivement décider des meilleurs représentant du pays, c’est aussi l’absence de certains coureurs au départ qui pose question. La Fédération Française d’Athlétisme (FFA), missionnée par l’État pour structurer le sport, semble aujourd’hui lutter contre une réalité économique qui la dépasse. Le constat est cruel : la startlist 2026 n’était pas au niveau de celle de 2025 (merci les championnats du Monde). Il serait d’ailleurs intéressant de la comparer à celle de 2024 qui, elle non plus, ne menait pas aux mondiaux.
Les noms d’absents comme Geoffray, L’Hirondel, Germain, Delespierre, Chassagne, Coiffet, Cachard, Bouillard, Cardin, illustrent la situation : le maillot tricolore plaira sans doute toujours, même à ceux qui l’ont déjà eu, mais il devient secondaire dans un calendrier saturé par les circuits privés qui les font vivre (Golden Trail, Skyrunners, UTMB World Series). Nous avions abordé le sujet quelques jours avant la course ici.
Les championnats de France, un conflit d’intérêts ?
Le système de sélection actuel est louable dans son intention de créer un rendez-vous unique, afin de constituer l’équipe de France, mais le but n’est-il pas que la France soit d’abord championne d’Europe ? Un championnat de France n’est-il pas censé regrouper les meilleurs de la discipline. On passera sur le fait que la valeur d’un titre se fait à l’aune de la concurrence ; dis moi qui tu as battu, je te dirai qui tu es.
Réserver automatiquement une place au “Top 2” de la course fédérale pour les championnat d’Europe n’est probablement pas ce qu’il y a de plus efficace lorsque les cinq ou six meilleurs coureurs du pays sont absents et que les 6 autres se sont perdus.
Certes, le format court a offert un duel de haut vol entre Pierre Galbourdin et Benjamin Roubiol. Certes, le retour d’Audrey Tanguy après sa maternité est une démonstration de force magistrale. Mais pour le reste, l’absence aux championnats d’Europe des “meilleurs français“, pose problème.
Sauf pour Frédéric Tranchand, protégé par son statut de champion du Monde en titre et qui n’a pas eu à se déplacer à Bédoin, vous n’auriez sans doute pas choisi la sélection qui se profile, car : nous voulons tous que les représentants de la France aux grands événements internationaux soient les meilleurs. C’est évident direz-vous, et c’est en général le cas dans tous les sports.
Il y a probablement, dans le système proposé par la FFA, une certaine routine, une inertie institutionnelle doublée de ce qui peut ressembler à un conflit d’intérêt. Un système dont le but est de sélectionner nos représentants, mais également de développer un circuit national. On peut le comprendre, mais peut-être faudrait-il intégrer d’autres outils (indices ITRA, performances sur les grands circuits mondiaux, grandes classiques, primes conséquentes) pour construire l’équipe nationale. Peut-on conditionner la représentation Française à un process qui n’est visiblement pas assez robuste ? Le système fédéral pourrait-être plus libéral comme il l’est pour Tranchand.





