Un championnat de France de Trail 2026 au rabais ?
Le titre de champion de France semble facultatif. Entre désertion des élites et diktat économiques, édito sur un maillot tricolore qui ne suffit pas à faire courir les meilleurs.
Ce week-end, les « France » de trail s’élancent, mais les trônes sont vides : sauf Roubiol, aucun des champions en titre n’est au départ pour défendre sa couronne. Alors que les têtes d’affiche boudent le rendez-vous fédéral au profit du Chianti, du BlueTrail (même weekend ou presque), ou d’autres objectifs, un constat s’impose : le prestige institutionnel ne fait pas le poids face aux exigences des sponsors. Pourquoi le maillot bleu-blanc-rouge, souvent Graal du sportif, est-il secondaire dans le calendrier des meilleurs traileurs comme le montre la startlist 2026 ?
Les championnats de France sont, dans beaucoup de sports, la référence des élites. Le drapeau, la fierté nationale, a toujours fait vibrer et le maillot tricolore reste un trophée perpétuel. Devenir champion de France, c’est aussi devenir connu du grand public et acquérir une notoriété qui, pour beaucoup de sport, sort rarement du vestiaire.
La Fédération Française d’Athlétisme, qui est déléguée par l’État sur ces sujets, a longtemps été réticente, ou inertielle, au développement de la course à pied hors-stade (on parlait simplement de course sur route). Organiser les premiers championnats de France de Trail en 2013, c’était être à la traîne. À l’inverse, des événements historiques (Sierre-Zinal, UTMB) ont acquis une notoriété telle qu’un champion préférera les gagner plutôt que de devenir champion du Monde. Regardez le programme annuel de Kilian Jornet.
L’année dernière, en 2025, les championnats de France étaient justement le support pour les championnats du Monde, produit d’appel suffisant pour regrouper un plateau qu’on pouvait considérer comme à la hauteur du maillot. Par exemple, sur les France de Trail Long 2025, le podium hommes (Roubiol, Coiffet, Chassagne) réunissait les 2e, 4e et 8e indices ITRA français.

Ce week-end ont lieu les France de Trail 2026. Parmi les champions de France 2025 (Roubiol, Gerardi, Tranchand, Jarrouseau), seul Benjamin Roubiol répond présent en changeant de format : long vers court. Au-delà, le niveau athlétique des « favoris » identifiés avant l’édition 2026 n’est peut-être pas au niveau de l’événement (cf notre tableau ci-dessus).
Ainsi, Baptiste Chassagne, qui exprime souvent sa flamme pour le maillot, a préféré participer au Chianti by UTMB 50k. Frédéric Tranchand, quant à lui, devait participer au BlueTrail by UTMB 50k plutôt que de défendre son titre. Une éventuelle sélection pour les championnats d’Europe cette année ne pèse sans doute pas assez dans la balance pour des coureurs qui ont déjà porté la couronne nationale.
Devenir champion requiert aussi d’être professionnel, ou du moins de s’y consacrer à plein temps. Hors, dans le trail, la manne financière vient des marques ; elles sponsorisent les grands événements, organisent leurs propres championnats et imposent une synergie commune avec les champions qu’elles entretiennent.
Le calendrier est serré, le nombre de courses conséquent, et même si les champions accordent d’autant plus de valeur à une victoire que le plateau est relevé et la concurrence forte, les marques demanderont à leurs athlètes de participer aux courses qu’elles valorisent. Un athlète La Sportiva au Lavaredo, un athlète TNF sur le Transgrancanaria, Frédéric Tranchand sur les Merrell SkyRunning, un athlète Salomon sur les Golden Trail Series.
Alors, comment un championnat de France peut-il s’imposer ?
Certains crieront au scandale patriotique, les autres, plus libéraux, comprendront qu’il faut vivre et que l’idéal de Coubertin est un peu suranné. En tout cas, on constate qu’être adoubé par la France pour organiser une course ne suffit pas pour rassembler.

Aujourd’hui, un athlète ne court plus une course, il court un circuit (UTMB World Series, Golden Trail Series, Skyrunner World Series). Ces circuits ont leurs propres finales, leurs propres systèmes de points. Le championnat de France devient une date de plus dans un calendrier déjà saturé. Qui plus est, l’indice, la cote (ITRA/UTMB), est la monnaie réelle du milieu. Gagner les « France » rapporte un titre, mais c’est sans doute un pis-aller lorsqu’une grosse performance sur une course estampillée UTMB rapporte des points qui garantissent des contrats et des invitations internationales… entretenant la même dynamique.



