Depuis l’arrivée triomphale de Ben Dhiman samedi dernier à Chamonix, la sphère trail et les médias s’emballent : un chrono de 18h16:29, immédiatement brandi comme la plus grande performance de l’histoire de l’UTMB. Hors, juger la performance du vainqueur uniquement à son chrono est discutable, surtout en Trail. La montagne n’est pas une piste en tartan de 400 mètres : un chrono y est lié aux variations d’un tracé, aux mètres de dénivelé et aux conditions météo du jour.
Pour sortir de l’effet d’annonce et évaluer la véritable portée de cette victoire, prenons un peu de recul statistique. En comparant la dynamique des pelotons et des têtes de course sur les éditions récentes, que vaut réellement ce temps face à quelques références que sont les courses de François D’Haene, Vincent Bouillard ou Tom Evans, si on les transpose sur le terrain de 2026 ? D’autant plus que l’ensemble du peloton a sur-chronométré (cf ci-dessous).
La relativité du chronomètre en ultra-trail
La performance brute de Ben Dhiman force évidemment le respect. À titre de comparaison, Tom Evans s’imposait en 19h18 en 2025, Vincent Bouillard créait la surprise en 2024 avec une marque à 19h54 , et François D’Haene arrachait la victoire en 19h01 en 2017 face à un Kilian Jornet au sommet de son art lors d’une édition devenue légendaire.
Pour mesurer la valeur intrinsèque d’une performance sans se perdre dans les chiffres et les statistiques, le milieu s’appuie habituellement sur des outils comme les indices ITRA ou UTMB qui prennent en compte encore plus de paramètres (plateaux très différents, distances très différentes). On peut également se poser une question simple : que réaliserait un coureur comme Tom Evans avec sa forme de 2025, transposé directement sur l’édition 2026 ?
Le différentiel entre éditions : le révélateur du Top 10
La comparaison globale des éditions 2025 et 2026 met en lumière un écart chronométriques saisissant:
Sur l’ensemble du peloton : la médiane générale est 2h20-2h30 plus rapide en 2026 qu’en 2025. Un chiffre toutefois biaisé par la modification des barrières horaires (1h plus serrée en 2025) délitant les chronos en fin de peloton.
Sur le Top 10, c’est le plus intéressant : la médiane baisse (performances plus élevés, sensibilité aux conditions plus faibles, constance), mais reste tout de même de 1h20:10 chez les hommes et de 1h20:52 chez les femmes.
En considérant que le niveau et la performance moyenne du TOP10 2025 et du TOP10 2026 sont comparables (à débattre, dans un sens comme dans l’autre), on peut supposer que le TOP10 2025 auraient performé sur la même médiane qu’en 2026. L’approche est simple : alignons la médiane de 2025 sur celle de 2026 pour évaluer ce qu’auraient pu réaliser les cadors de l’année dernière sur le parcours de cette année.
Résultats :
Thomas Evans 2025 : 19h18 → 17h58
Ben Dhiman 2025 : 19h51 → 18h31
Ruth Croft 2025 : 22h56 → 21:35
Camille Bruyas : 23h28 → 22h07
Le graphique ci-dessous montre également que les 5 premiers coureurs ont performé un peu moins bien qu’en 2025, à l’inverse des 5-10. Cela indique aussi que la densité des résultats du TOP10 2026 était plus élevée.
Recalage statistique : qu’auraient values les légendes en 2026 ?
En appliquant ce décalage de médiane (entre chaque édition et 2026) pour normaliser les chronos des éditions précédentes sur les conditions précises de 2026, les performances antérieures reprennent du galon. Quelques exemples:
Tom Evans (2025 - 19h18) ramené à 2026 : 17h58
Vincent Bouillard (2024 - 19h54) ramené à 2026 : 17h59
François D’Haene (2017 - 19h01) ramené à 2026 : 18h00
Ben Dhiman (2026 - Temps réel) : 18h16
Chez les femmes, la dynamique est similaire : la victoire 2025 de Ruth Croft transposée à 2026 équivaut à un chrono de 21h35, ce qui positionne les 21h54 de Blandine L’Hirondel derrière cette marque recalculée. Les performances de Katie Schide et Courtney Dauwalter sur les éditions précédentes, reconnues pour leur valeur, sont clairement visibles ci-dessous.
Une victoire magistrale, mais un record contextuel
Certes, certains biais méthodologiques existent : la densité pure du plateau 2017 n’était pas exactement la même qu’en 2026. Le plateau des partants était à l’époque (2017) de premier rang et peut-être le meilleur all-time, mais la professionnalisation n’était pas aussi aboutie qu’en 2026. Par ailleurs, quelques favoris comme Jornet, Walmsley, Evans, Bouillard (DNF), Schide, Croft, manquaient à l’appel ou à l’arrivée samedi dernier. Ainsi, l’absence de ces têtes d’affiche a pu priver l’édition 2026 d’une émulation en tête de course capable d’aller chercher une marque sous les 18h, comme d’ailleurs l’ont évoqué quelques commentateurs.
Le constat reste sans appel : Ben Dhiman et Blandine L’Hirondel réalisent une course magistrale et s’adjugent le record chronométrique de l’UTMB.
Il est aussi important de préciser que la comparaison des performances, de cette manière ou en s’appuyant sur des indices ITRA/UTMB aux algorithmes fluctuants (Evans 2025 récemment ré-évalué de 958 à 987 en indice UTMB), reste un simple exercice sans valeur absolue.







