Grand Raid Ventoux by UTMB 2026, les résultats
Entre pierriers lunaires et mistral cinglant, la 2e édition du Grand Raid Ventoux by UTMB a sacré l'expérience d'Andy Symonds et l'arrivée du phénomène Alexandersson sur le circuit UTMB.
Le massif du Mont Ventoux, sentinelle solitaire dominant les plaines du Vaucluse, a une nouvelle fois confirmé son statut de « Géant de Provence » lors de la deuxième édition du Grand Raid Ventoux by UTMB, qui s'est tenue du 24 au 26 avril 2026. Intégré au circuit prestigieux des UTMB World Series, cet événement a franchi un cap majeur cette année, tant par sa densité athlétique que par l'ampleur de sa participation, avec plus de 4 200 partants représentant une cinquantaine de nationalités. Entre les vignobles baignés de soleil et les crêtes lunaires balayées par le vent, les coureurs ont dû affronter un terrain d'une technicité redoutable, marqué par ce que les habitués appellent la « salade de cailloux ».
L’Ultra Géant de Provence (100M) : La résurrection d’Andy Symonds et le règne de Jennifer Lemoine
L’épreuve reine du week-end, l’Ultra Géant de Provence (UGP), offrait un parcours monumental de 125 kilomètres pour 5 700 mètres de dénivelé positif. Le départ, donné le vendredi 24 avril à 23h59 depuis Malaucène, a plongé les 577 concurrents dans une odyssée nocturne exigeant une maîtrise thermique et mentale absolue. Sur cette distance, la gestion de l’effort est l’unique clé du succès, et c’est précisément sur ce terrain que l’expérience a fait la différence.
Le triomphe tactique d’Andy Symonds à 44 ans
Chez les hommes, la victoire d’Andy Symonds en 13h07m13s constitue sans nul doute l’image forte de cette édition. Le coureur franco-britannique, dont la dernière victoire sur le Ventoux remontait à 2012, a livré une véritable leçon de trail running. Après une huitième place décevante lors de l’édition 2025 et une préparation printanière pourtant perturbée, Symonds a su mobiliser sa connaissance intime du massif pour construire un succès méthodique.
Andy Symonds a pris les rênes de la compétition dès le 30ème kilomètre. Contrairement à certains favoris qui ont cédé à l’intensité nerveuse du départ nocturne, il a privilégié une allure stable, capable d’absorber les variations thermiques importantes entre les vallées et les crêtes. Sa victoire, acquise avec 17 minutes d’avance sur son premier poursuivant, témoigne d’une supériorité technique dans les descentes cassantes du Ventoux, où chaque appui sur le calcaire instable peut s’avérer fatal.
Derrière lui, Aubin Ferrari s’empare de la deuxième place en 13h24m42s, confirmant son statut d’espoir solide de la discipline. La troisième place revient à Sébastien Poesy en 13h38m34s. Pour Poesy, ce résultat est d’autant plus remarquable qu’il s’agissait de sa première incursion sur le format ultra-trail, une découverte récompensée par une qualification directe pour les finales de l’UTMB à Chamonix en 2026.
Jennifer Lemoine : Une domination sans partage
Dans la catégorie féminine, Jennifer Lemoine a justifié son statut de grande favorite dès le début de l’épreuve. Championne du monde par équipes en 2025, elle a abordé l’UGP avec sérénité. Son temps final de 16h28m06s la place loin devant ses concurrentes, illustrant une maîtrise de l’épreuve de bout en bout.
À 15 kilomètres de l’arrivée, Lemoine possédait déjà plus de 20 minutes d’avance sur l’Américaine Christine Selman. Sa capacité à maintenir une cadence élevée sur les sentiers techniques, malgré une température interne que certains coureurs ont estimée proche des 45 degrés sous le soleil de l’après-midi, démontre une résilience physiologique exceptionnelle. Selman termine finalement deuxième en 17h13m54s, suivie de la Française Laura Berruer en 18h44m52s.
La Grande Épopée Ventoux (100K) : Chassagne en patron, Hegemann confirme
Le format 100K, baptisé Grande Épopée Ventoux (GEV), présentait un défi de 87 kilomètres pour 4 200 mètres de dénivelé. Cette épreuve, dont le départ a été donné le samedi à 06h30, a été le théâtre d’une démonstration de force de la part de Baptiste Chassagne, l’un des coureurs les plus en vue du circuit hexagonal.
Baptiste Chassagne : Un favori qui assume ses ambitions
Pour Baptiste Chassagne, venir au Ventoux n’était pas une simple formalité, mais un acte de confirmation après sa victoire sur la Diag en 20925. Il s’est imposé en 8h00m24s, dominant les débats du début à la fin avec une régularité impressionnante. Son approche stratégique s’inscrit dans une saison où il vise l’élite mondiale à Chamonix. Sur un terrain exigeant combinant gorges sauvages (Toulourenc), crêtes aériennes et le sommet mythique du Géant, Chassagne a fait parler sa puissance brute tout en conservant de la lucidité.
Il devance Nicolas Gourdon (8h15m20s) et l’Espagnol Oriol Barbany Bofill (8h32m20s). Les 3 premiers (hommes et femmes) décrochent une place pour la CCC 2026.
Ida-Sophie Hegemann : La polyvalence d’une championne
Chez les femmes, l’Allemande Ida-Sophie Hegemann a prouvé qu’elle était l’une des athlètes les plus complètes du circuit UTMB. Victorieuse du 100 miles l’an dernier, elle a choisi cette année de s’aligner sur le 87 km, s’imposant en 10h00m29s. Sa performance est notable, elle se classe à la 19ème position au classement général scratch.
Hegemann a mené la course en solitaire, laissant sa compatriote Julia Langeder à 20 minutes (10h20m09s). La Française Emily Cambier complète le podium en 10h57m02s.
Le Mistral Marathon Trail (50K) : L’avènement d’une nouvelle dimension alpine
La grande nouveauté de cette édition 2026 concernait le format 50K, le Mistral Marathon Trail (MMT). Pour la première fois, le tracé empruntait le sommet du Mont Ventoux via le GR4, élevant la difficulté de l’épreuve à un niveau d’altitude et de technicité supérieur. Avec 51 km et 2 500 m de dénivelé, cette course est devenue l’épicentre d’un plateau élite dense.
Tove Alexandersson : L’exception suédoise
Chez les femmes, Tove Alexandersson a une nouvelle fois repoussé les limites de ce qui semble possible. En s’imposant en 4h30m10s sans trop forcer (selon ses termes), elle se hisse à la 15ème place du classement scratch général. Elle devance Candice Fertin de 27 minutes (4h57m43s) et la Suissesse Maëlle Minnig (5h05m19s). Cette performance souligne son statut d’athlète hors normes, on l’attend sur l’OCC face à l’élite internationale.
Nashon Kiplimo et le défi de la verticalité
Le Kenyan Nashon Kiplimo a livré une belle prestation, s’imposant en 3h58m50s. Sa victoire s’est dessinée grâce à une remontée solide durant la seconde partie de la course, là où les pentes deviennent les plus fortes. Kiplimo a su dompter les pierriers calcaires, une surface pourtant très éloignée des standards de course kényans, pour devancer Simon Paccard (4h07m42s) et Clément Lalba (4h08m06s). Ce trio décroche son ticket pour l’OCC 2026 à Chamonix.
Le coup dur pour Rémi Bonnet
L’un des faits marquants de ce format 50K fut la mésaventure de Rémi Bonnet. Le Fribourgeois, annoncé comme le grand favori, a été victime d’une lourde chute sur la tête alors qu’il visait la victoire. Malgré cet incident qui aurait pu contraindre n’importe quel coureur à l’abandon, il a fait preuve d’une certaine résilience pour terminer à la 17ème place en 4h31m.
Trail des Coteaux (20K) : Intensité et vitesse pure
Sur le format court de 26 km et 1 100 m D+, le Trail des Coteaux (TDC) a favorisé les profils les plus rapides et explosifs. Le départ, donné le samedi à 08h30, a immédiatement imposé un rythme effréné.
Frédéric Tranchand : La confirmation d’un champion
Le Français Frédéric Tranchand, champion du monde en titre, a confirmé son aisance sur les formats courts et nerveux en s’imposant en 1h43m49s. Il a parfaitement maîtrisé un parcours varié, fait de relances incessantes et de sentiers techniques. La lutte pour le podium a été forte: seulement 4 secondes séparent le Suisse Adrien Briffod (2ème en 1h45m41s) du Français Killian Allaire (3ème en 1h45m45s).
Élise Poncet : Un podium 100 % tricolore
Du côté des femmes, Élise Poncet (Team Arc’teryx) a tenu son rang en l’emportant en 2h14m00s, se classant 24ème au scratch général. Elle a devancé Mélanie Ratel (2h21m56s) et Agnès Fabre (2h22m05s), scellant ainsi une domination française totale sur ce format où la vitesse de base est primordiale.
En seulement deux éditions sous l'égide de l'UTMB, le Grand Raid Ventoux s'est imposé comme un rendez-vous incontournable du début de saison. La qualité du plateau élite et l'enthousiasme des amateurs (record de participation avec plus de 4 000 coureurs) témoignent de l'attrait universel pour le Géant de Provence.




